Takemusu Dojo
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Point de vue

Pourquoi nous pratiquons ?

Motivations et objectifs

jeudi 31 janvier 2008, par Philippe Coudurier

Et voilà, nous sommes en janvier et le soir en sortant du travail il fait déjà nuit et froid. Pendant cette période j’avoue que j’ai parfois du mal à prendre mon sac et ressortir pour aller au dojo m’entraîner. Quand je prends le temps de réfléchir je me demande ce qui me conduit pourtant depuis toutes ces années à continuer avec un enthousiasme qui connaît des hauts et des bas, mais avec une persévérance qui est bien là. Les raisons qui nous mènent à pousser pour la première fois la porte d’un dojo sont déjà un vaste sujet de réflexion en soi, mais celles qui font que nous restons, au fil des années, fidèles à la pratique sont tout aussi intéressantes. Au début pour moi il y a eu bien sûr l’attraction que l’art lui-même et la virtuosité des maîtres exercent sur un esprit jeune. Mais à ce stade on n’est (heureusement…) pas conscient de là où nous conduira ce premier pas ! L’an dernier en début de saison je discutais en pliant mon hakama après l’entraînement avec un pratiquant d’une vingtaine d’années dont c’était le premier ou deuxième cours, et avec qui j’avais pratiqué avec un plaisir partagé. A un moment il me demanda combien j’avais d’années de pratique et je répondis sans trop réfléchir : 25 ans… J’ai vu alors comme un trouble dans son regard et il m’a dit pensivement : "moi, j’ai 23 ans…". Je ne l’ai jamais revu au dojo. J’espère que je n’y suis pour rien.

Ce qui est souvent attrayant également quand on commence à pratiquer est d’entrer dans une communauté de gens qui partagent la même passion, tout en venant d’horizons différents. J’ai connu beaucoup de mes amis actuels dans un dojo, et je connais même un bon nombre de couples qui se sont rencontrés pour la première fois en keikogi… ! Parfois même pour certains, le coté convivial passe devant la pratique. Ils viennent alors au dojo davantage pour retrouver des amis que pour transpirer et polir leur technique. Il revient sans doute aux dirigeants du club de savoir où positionner le curseur entre l’aspect « vie associative » et l’aspect « école de budo ». Ceci étant dit, quand j’étais plus jeune il m’est souvent arrivé sur le chemin du dojo d’espérer que telle ou telle personne serait là, le partenaire d’entraînement idéal sur qui on a la chance de tomber périodiquement et qui nous fait progresser.

Un troisième élément me semble important, c’est le regard des autres, la reconnaissance du pratiquant et de la personne que je voudrais être. Cette reconnaissance tant recherchée vient de mes élèves (je suis un père), vient du maître (je suis un enfant) et vient de mes partenaires d’entraînement (je suis un adulte). Je ne crois pas que l’on puisse s’en passer, tout au plus essayer de prendre assez de distance. J’ai vu plus d’une fois des pratiquants abandonner après un échec à un passage de grade, et même certains quitter le club après avoir été implicitement rejetés par le groupe (à tort ou à raison) pour comportement « non compatible ».

En fin de compte, et même si ces effets collatéraux ne sont pas tous à rejeter ou dédaigner, la finalité de la pratique ne devrait pas être de chercher de nouveaux amis, ni d’obtenir des grades ou un poste de dirigeant associatif ; la finalité de la pratique est la pratique elle-même, et c’est une fin en soi. Je pense souvent à un texte de Me Mochizuki père, qui démontra l’aïkido en France dans les années cinquante, et qui raconte que jeune judoka il participait au kangeiko qui durait tout un mois en hiver et se tenait chaque matin avant l’aube. Pour cela en l’absence de train en pleine nuit, il devait marcher plusieurs heures dans la campagne pour rejoindre le dojo où il arrivait trempé de sueur, et il cassait alors la glace du puits pour se laver avant l’entraînement. C’est pour moi un exemple de ténacité et de motivation.

Puisqu’il est écrit que, quoi qu’il en soit, nous n’atteindrons jamais un niveau satisfaisant, j’essaie à chaque entraînement comme cela nous a été dit et rabâché, de tout oublier et de tout reconstruire, tout en me laissant guider par le sensei et en étant attentif à mes partenaires.

Finalement, ce n’est pas si compliqué. Ça me convient.

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