Mais en fait le stress, c’est quoi exactement et appliqué au combat, ça ressemble à quoi ? est-ce que ça peut se soigner, s’éliminer ?
Revenons tout d’abord sur le pourquoi du stress. Kekcéksa ?
En fait, le stress est une réaction normale de notre organisme face à une agression extérieure qui est en train de se produire : le froid, le chaud, la douleur, la peur… A chaque fois que notre organisme doit faire face à une situation qui n’est pas dans la norme, alors le cerveau réagit, et l’une de ses réactions est de se mettre en « état de stress ».
On peut distinguer grosso modo trois formes de stress : le stress aigu, le stress émotionnel et le stress prolongé.
Le stress aigu permet d’entraîner immédiatement une séquence de réponses de l’organisme qui vont permettre la sauvegarde de celui-ci dans les secondes qui vont suivre durant lesquelles toute son acuité est requise.
Le stress émotionnel, c’est celui qui est imminent, sur le point d’arriver, mais qui ne se compte plus en secondes, mais plutôt en minutes, voire en heures.
Le stress prolongé entraîne, quant à lui, une séquence de réponses qui permettent une adaptation au long cours, ou au contraire un épuisement qui fragilisera l’organisme.
Le stress aigu, ça peut être par exemple, un parachutiste dont le parachute ne s’ouvre pas et qui n’a que quelques secondes pour avoir le bon geste qui lui permettra de survivre.
Le stress émotionnel, ce peut être le cas du condamné à mort dont c’est la dernière nuit avant l’exécution, ou le combattant de la guerre de 14 qui savait qu’il allait passer à l’attaque dans la nuit…
Le stress prolongé, ça peut tout simplement être cet employé surmené, dont le patron irascible ne cesse de le harceler, et qui finira par tomber en dépression, qui pourra même l’amener jusqu’au suicide… ou alors dont l’organisme aura su développer des stratégies pour « survivre ».
Pour tout ces stress, l’organisme secrète, à des doses différentes, plusieurs substances dont de l’adrénaline, de la cortisone, ou encore de l’endorphine… Je ne parlerai pas ici des mécanismes internes qui se déroulent au niveau du cerveau, car d’une part je ne suis pas un spécialiste, que d’autre part il y a d’excellents ouvrages sur le sujet, et ce n’est pas l’objet de cet article.
Je vais en revanche essayer de développer cette notion de stress en relation avec ce qui nous intéresse : l’art du combat. Pour ce qui nous concerne, nous ne parlerons donc que du stress aigu et du stress émotionnel, c’est-à-dire de la réaction que peut avoir notre organisme durant des laps de temps courts, de l’ordre de quelques secondes à quelques minutes.
Prenons une situation de stress aigu : vous venez de croiser trois ou quatre gars à la mine « pas tibulaires », mais presque… Vous n’avez pas de chance (mais vraiment pas !) : votre tête ne leur revient pas, ils ont envie de se faire quelqu’un ce soir et l’un des gars est armé ; en plus ils ont un peu bu, donc ils sont énervés… (Quand je vous disais que vous n’aviez pas de chance !) Le gars sort son flingue, le pointe sur votre tempe et dit d’un air agressif : »J’vai t’buter, pov merde ! » (Ouais, ils sont pas bons en orthographe depuis qu’ils se sont faits virer du CP il y a 15 ans). Voilà, la scène est posée, on peut dire que vous êtes en train de vivre une situation de stress aigu. On peut dire également que la survie est ici une question de secondes. Il n’y a pas de place pour une analyse consciente de la situation, les réflexes physiologiques fonctionnent seuls « en urgence »… votre organisme va secréter de l’adrénaline et va sélectionner partout dans l’organisme les fonctions utiles à la survie. (C’est notre côté « reptilien » qui va agir…). Si vous vous en sortez, il est d’ailleurs fort probable que votre corps fasse une grosse réaction, dont vous pouvez avoir conscience ou non, tel une jaunisse, ou une perte de cheveux…
Prenons maintenant une situation de stress émotionnel : vous êtes dans le RER, c’est la dernière rame de la nuit (déjà ça commence mal). Dans le fond de la rame, trois ou quatre « pas clairs » sont en train d’importuner une jeune fille. Cela fait plusieurs minutes que cela dure, vous observez, vous commencez à ne pas vous sentir tranquille. Tout à coup, la situation dégénère de plus en plus. La fille crie, elle a peur… elle serait bien en train de se faire violer, ou pire… et vous êtes seul, vraiment seul, il va falloir réagir…
Voilà, là, on n’en est plus à une question de secondes. Cela fait peut-être 30 minutes que vous êtes là, à monter en tension. Autrement dit, il y a pleine prise de conscience du danger vital. Chacun réagit à cet instant de façon personnelle, en fonction de son vécu, de sa personnalité et de son libre arbitre :
Un optimiste actif va étudier et mettre en œuvre toutes les possibilités d’échapper à la menace et éventuellement à l’issue fatale. Il profitera pour ce faire de tous les effets bénéfiques que vont lui apporter ses décharges hormonales de stress.
Un inquiet agira éventuellement mais sera tellement diminué par ses angoisses qu’il ne parviendra sans doute pas à faire ce qu’il est nécessaire (jambes flageolantes, tremblements, sueurs froides…)
Un passif va demeurer prostré, s’en remettant bêtement au destin (Bah, si ça se trouve, elle n’est plus vierge… et puis elle l’a bien cherché avec sa mini jupe !)
Un couard, ou un sujet paniqué sera complètement inhibé et incapable d’avoir la moindre réaction cohérente.
Nous nous apercevons donc que, à l’instar des autres domaines qui relèvent de l’humain, nous ne sommes pas égaux devant le stress, et que la réponse que vous donnerez sera principalement due en fonction de votre caractère, de votre expérience, de votre maturité, et donc, comme d’habitude, de votre mental. Mais ce n’est pas tout, bien évidemment. Car si l’on ne peut pas faire disparaitre le stress (puisque de toute façon, il est nécessaire), on peut effectivement le canaliser pour en tirer le meilleur profit possible (à l’instar de l’optimiste actif de tout à l’heure).
Il est évident qu’un compétiteur, au moment où il monte sur le tatami ou le ring est stressé. Il n’a peut-être pas dormi sereinement depuis quelques nuits, et juste avant le combat, il peut ressentir diverses sensations liées au stress…
Alors que faire pour avoir un « stress » positif. En fait, de la même façon qu’on peut améliorer sa condition physique, on peut améliorer son stress de différentes manières.
L’hygiène de vie : il a été démontré que l’hygiène de vie joue un rôle important dans la gestion du stress par l’organisme. Alcool, tabagisme, prise de drogues ou de médicaments sont autant de facteurs qui peuvent avoir une influence négative sur les réactions de l’organisme à un instant T
La pratique sportive régulière : évidemment, une bonne pratique sportive ou martiale joue un rôle prépondérant pour la gestion du stress. Une pratique sportive est en effet à la fois créateur de stress et facteur d’entraînement au stress. Une pratique martiale permet ainsi de développer ses capacités physiques, ses habiletés techniques, sa confiance, sa maitrise de soi, son affirmation… Bref elle est incontournable.
Le travail sur le mental : c’est également un point primordial. Si le sujet n’apprend pas à « forger son mental », le reste ne pourra pas l’aider. Ainsi, il peut être intéressant, par exemple, d’apprendre à vaincre ses peurs et ses répulsions : par exemple, si vous ne vous sentez pas à l’aise lorsque vous vous trouvez seul le soir dans une rue sombre, et bien allez vous promener dans les rues sombres le soir ! Ce n’est qu’un exemple, et chacun connaît les domaines dans lesquels il sent des faiblesses. Une deuxième forme d’entraînement pour le mental peut être d’entretenir (ou de développer) son agressivité. Pour ce faire notre pratique martiale est idéale, et il n’est peut-être pas superflu, lors de certaines séances, de développer ce côté agressif, qui vous permettra d’augmenter votre détermination et votre mental.
Les techniques de sophrologie : il existe une multitude de méthodes de relaxation et de sophrologie qui permettent aux pauvres surexcités que nous sommes d’apprendre à se relaxer. En tout état de cause, tout ce qui peut vous aider à trouver l’équilibre et à progresser est bénéfique.
Think positive : last but not least, il faut essayer, pour ceux qui ne l’ont pas, d’acquérir des schémas de pensée optimistes. Ainsi, ne pas se dire que c’est complètement foutu parce que « l’adversaire » fait 50 kilos de plus que moi, qu’il a des tatouages partout et une grosse barbe à la ZZ Top. Lui aussi a des faiblesses ; ce n’est qu’un homme, et mentalement je suis fort et déterminé…
Voilà, en résumé :
Le stress n’est pas une maladie, il touche chacun de nous, dès qu’une situation anormale vient nous agresser.
En fonction de notre potentiel personnel, nous transformons ce stress soit en une énergie bénéfique qui nous transcende, soit en une sensation de malaise qui nous paralyse
Il existe des méthodes physiques et psychiques pour apprendre à gérer son capital stress de la manière la plus bénéfique possible.
Alors, à vous maintenant. Et n’oubliez pas, l’entraînement sur un tatami trois fois par semaine avec votre ami que vous connaissez depuis 10 ans, ce n’est pas uniquement comme ça que vous augmenterez votre potentiel face au stress.
* Pour ceux qui seraient vraiment intéressés par le domaine je vous recommande deux ouvrages :
Un bouquin déjà ancien, mais excellent du docteur Xavier Maniguet, qui s’appelle « SURVIVRE », qui était sorti à l’époque chez Albin Michel (1988), où vous trouverez des réflexions remarquables sur le stress, mais pas que…
Un petit ouvrage, que j’appellerai de « vulgarisation », mais qui explique bien le phénomène, qui est écrit clairement et qui cerne bien le sujet du stress…ça s’appelle « 100 réponses sur… le stress » de Marie-Edith Alouf et Anne-françoise Chaperon chez Tournon éditeur.