Interview de Christian Tissier dans Dragon
vendredi 11 mai 2007
Dans cet article, ce professeur renommé dévoile sa vision de l’aikido. Il évoque, notamment, le travaille des armes, les atemi, la notion de grades. Il porte aussi des jugements sur le doshu, ainsi que sur de nombreux maîtres vivants ou décédés, leurs entourages ou leurs élèves.
De toute évidence ces réflexions ne sont pas unanimement partagées, et il nous semble même que sur de nombreux point elles sont antinomiques avec les principes de l’aikido développés par o’sensei.
Si vous avez lu cet article vos commentaires nous intéressent.
Bonjour,
Si la recherche de monsieur Tissier est bien personnelle, il est toujours difficile de dire que telle ou telle pratique est de l’aïkido ou n’en est pas. Qu’en est il de la pratique de Christian Tissier ? Que nous offre cette pratique ?
Les réponses seront nombreuses et différentes, car d’après certains, il existe autant d’aïkido que d’aïkidoka. On peut ne pas être daccord, je pense moi même d’ailleur que notre aïkido depend uniquement de notre implication dans notre art. En découle naturellement des visions et des niveaux de pratique différents... Dire que l’aïkido est quelque chose de modulable à l’infini c’est prendre le risque d’en faire tout et n’importe quoi.
Il est difficile de définir la recherche de Christian Tissier, il a pratiqué avec plusieurs Senseï (le Doshu Kisshomaru Ueshiba, Osawa Senseï, Yamaguchi Senseï ou encore Saotome Senseï), mais pourtant son "style" ne se retrouve nul part. On le désigne comme héritié de l’aïkido de Yamaguchi Senseï en France, or son aïkido n’a strictement rien a voir avec celui de Yamaguchi Senseï... La recherche n’est pas du tout la meme. Quelle est elle alors ?
Bien qu’il ne s’agisse que d’une opinion personnelle, je pense que la recherche de Christian Tissier est avant tout une recherche technique. "Faire l’aïki" ne l’interesse pas, ce qui le passionne c’est l’approfondissement technique, pousser les techniques a leurs limites. L’aïkido de Christian Tissier ne permet pas de réelle recherche à proprement parler, mais une remise en cause technique. Alors est-ce encore de l’aïkido ? Je pense qu’il ne s’agit que d’une petite facette d’un ensemble beaucoup plus grand, c’est une recherche technique interessante mais qui en terme de recherche globale est assez limitée.
Comme tout enseignement trop technique, le risque est toujours de formater le pratiquant...
Bonjour Antoine,
Merci de ta contribution. Ces remarques, bien que très intérressantes, ne me semblent pas vraiment répondre à la problématique des propos de Christian Tissier dans l’interview en question. On peut retrouver cette interview sur le site tsubakijournal.
Voir en ligne : TsubakiJournal
Bonjour David,
Tout d’abord merci pour ce site. Il est vrai que j’ai répondu de manière très générale sans vraiment répondre à vos questions, je m’en excuse.
Il est très difficile de donner une réponse définitive quant a l’importance des armes en aïkido. Pour reprendre en partie ce que je disais dans mon précédent message, mon opinion est que le travail de Christian Tissier est avant tout technique. Il aborde le panel technique de l’aïkido dans un souci d’efficacité plus ou moins direct. (Ce qui déjà me semble une première contradiction avec ce qu’est réellement l’aïkido, mais ce n’est que mon point de vu). Dans cette réflexion, cette remise en question technique, tel que le fait monsieur Tissier, il est vrai que le travail des armes n’est pas indispensable, il le dit lui même. Mais si c’est vrai pour l’aïkido de Tissier, ce n’est pas forcement vrai pour l’aïkido de manière générale. C’est là peut être une des plus grandes difficultés de l’aïkidoka, d’une part prendre conscience de sa recherche personnelle, et d’une autre part prendre conscience de ce que nous offre l’aïkido dans sa globalité.
Pour avoir un peu suivit Christian Tissier, son aïkido ne demande pas forcement un grand investissement dans le travail des armes car il n’y a pas de recherche globale. Vient naturellement la question : fait il encore de l’aïkido ? On en revient à mon premier message.
De cette recherche on peut facillement suposer que le travail des atemi est plus important dans l’aïkido de Christian Tissier que dans notre travail habituel. Est ce vraiment un plus ? Je n’en suis pas sur... Ma vision est que les techniques ne sont que des outils, les techniques ne constituent pas en soit une finalité même si elles sont indispensables. Il s’agit d’une recherche, pas d’une application.
Il serait interessant que vous nous donniez vos impressions egallement, car je ne sais pas si mes réponses correspondent réellement aux questions que vous vous posez.
La pratique des armes dans les arts martiaux en général donnera sans doute lieu à un dossier sur le site. :-).
Le travail des armes fait parti de l’aikido, comme le travail au sol fait partie du judo. Je ne crois même pas qu’on puisse en disconvenir ...
Pour ma part, la pratique des armes est centrale dans l’aikido. Maintenant, le presentir, le ressentir, le faire sentir, le comprendre et l’expliquer c’est tout autre chose ... :-|
Quoi qu’il en soit, il est toujours plus facile de ne pas faire que de faire. Et a posteriori il toujours tentant de rationnaliser en expliquant pourquoi on ne fait pas. C’est humain.
Mais, même si j’étais très surpris par ces propos de la part de quelqu’un dont j’avais acheté, avant même de commencer l’aikido, les ouvrages "aiki ken" et "aiki jo" ( Du coup, je les vends, occasion à saisir, prix à débattre ), ce n’est pas le point qui m’a le plus étonné dans cet interview.
P.S. : Avec des posts courts on a plus de chance d’être lu ;-) et rien n’empêche de compléter sa pensée plus tard.
"Quoi qu’il en soit, il est toujours plus facile de ne pas faire que de faire."
Je suis entièrement d’acord, et dans ma pratique, les armes tiennent une place importante égallement. J’essayais simplement d’expliquer les raisons pour les quels (selon moi) Christian Tissier ne voit pas forcement les armes comme quelque chose d’obligatoire. ^^
"Mais, ce n’est pas le point qui m’a le plus étonné dans cet interview."
Quel est il alors ce point ? Qu’on puisse enfin parler de chose serieuse :-P
Il y en a plusieurs.
Par exemple :
"Ca m’a permis de voir que ce n’est pas avec un coup de pied ou de poing qu’on tue." dans l’interview.
A mettre en regard avec :
"Un coup en Aïkido peut décider de la vie ou de la mort."
Dans le classique texte affiché à l’aikikai dès 1932, intitulé "Dispositions d’esprit pour la pratique de l’aikido"
Un coup de poing ou un coup de pied peuvent parfois tuer. A mon avis, dire le contraire sans autre explication est dangereux.
Quand il dit "Ca m’a permis de voir que ce n’est pas avec un coup de pied ou de poing qu’on tue." Christian Tissier parle de son entrainement au Kick Boxing.
"Un coup en Aïkido peut décider de la vie ou de la mort." Fait reference avant tout a la pratique traditionnelle japonais.
Donc très sincerement je ne voit pas l’interet de mettre en symetrie une phrase faisant rapport au kick boxing et une autre faisant rapport a la pratique traditionnelle japonaise.
De toute evidence il ne s’agit pas de la meme pratique, d’un coté on a un sport, de l’autre on a un Budo. Et comme je l’ai deja dis dans mes messages precedent, la pratique de Christian Tissier n’a pas forcement un rapport direct avec le Budo. Dans le cas inverse oui, il y aurait danger, mais la je ne pense vraiment pas.
Merci encore Antoine, pour tes commentaires. Recevoir l’avis de chacun et primordial pour le site.
Tout d’abord, qu’il soit clair que je respecte Christian Tissier et sa pratique. On n’arrive pas dans sa position dans l’aikido sans de grandes qualités et beaucoup de travail et de réels compétences.
Toutefois, cette phrase en particulier, « Ca m’a permis de voir que ce n’est pas avec un coup de pied ou de poing qu’on tue », me semble vraiment trop ambiguë. Je répète donc ce que j’ai dit précédement :
"Un coup de poing ou un coup de pied peuvent parfois tuer. A mon avis, dire le contraire sans autre explication est dangereux."
M. Christian Tissier fait autorité dans l’aikido. Il se revendique toujours clairement de l’aikido. Lorsqu’il s’exprime de nombreuses personnes vont prendre ses propos tel quel et en auront une lecture dans le cadre de l’aikido. Il me parrait naturel de mettre en regard ses propos avec les préceptes de l’aikido. L’intérrêt était surtout de poser la problématique genre sujet du bac. :-)
Ton explication par rapport au "kick boxing" me semble cohérente et sans doute aurait-elle était utile dans l’interview elle-même. Mais la phrase en question, telle qu’elle est formulée, même dans son contexte, est une contre vérité car il y a déjà eu des morts lors de combats de boxe.
L’exercice de l’interview est difficile et souvent piègeux, mais je crois que, vraiment, qu’il aurait fallu dire celà autrement et donner plus d’explications.
Concernant cette interview, je n’ai pas publié certains posts beaucoup trop polémiques. Il y a suffisament de forums sur internet où les gens s’entre-déchirent au sujet de tel ou tel maitre qui est forcement inattaquables pour ses élèves, tous les autres étant des chalatants et inversement. Ce n’est pas le propos du site. ;-)
Ce point, en revanche, me parrait important.
Je reconnais qu’il peut y avoir ambiguïté dans les propos de Christian Tissier... Il peut aussi s’agir (ce n’est qu’une hypothese) d’une invitation à justement travailler sur atemi. "Un poing ne tue pas" peut aussi etre lu "Il ne faut pas avoir peur du poing". Quand on a peur de se prendre un coup, on travail rarement correctement un art martial, quel qu’il soit. Mais là encore je te rejoins sur le fait qu’il aurait sans doute fallu d’avantages d’explications.
Si il y a d’autre points de l’interview que tu aimerais developper, c’est avec plaisir que je le ferais avec toi. Pour ce qui est des polemiques, ca ne m’interesse pas non plus. Ayant moi meme fais le tours des Forums d’Arts martiaux sur internet, j’ai eu ma dose... ^^
Pour plus de précisions, voir les articles de Léo Tamaki en ligne :
L’interview en elle-même se trouve en ligne à l’adresse suivante :